Il faut bien le reconnaître, nous n’avons pas le souvenir d’un climat aussi tendu entre le ministre de l’Agriculture et la production de fruits et légumes. L’heure est même à la surenchère. Loin de l’apaisement…

La scène se passe mercredi dernier, le 4/02, en fin de journée à Berlin sur le salon Fruit Logistica. Le pavillon France se prépare à son traditionnel pot annuel, un rendez-vous organisé par Interfel. L’espace de l’interprofession arbore fièrement sa tour FL, devenue, depuis le salon de l’Agriculture 2014, le symbole de la filière française. La venue du ministre allemand de l’Agriculture est alors annoncée. Aussitôt, le projet prend forme. Accompagnés de Bruno Dupont, président d’Interfel, Luc Barbier, président de la FNPF et Jacques Rouchaussé, président de Légumes de France accueillent Christian Schmidt, l’homologue allemand de Stéphane Le Foll. La photo de cette rencontre est prise devant la tour FL et envoyée aussitôt à la presse française avec ce commentaire : les deux présidents des fédérations de producteurs « ont enfin rencontré un Ministre de l’Agriculture … celui de l’Allemagne ». L’allusion avec l’absence du ministre français au congrès de Légumes de France en novembre dernier et à celui de la FNPF en janvier est claire. Simple anecdote ? Non, car elle s’ajoute à ce qu’il faut bien appeler une escalade dans le rapport de force qui est en train de se jouer. Acte I : le 29 janvier, deuxième jour du congrès de la FNPF, Stéphane Le Foll écrit à Luc Barbier. « Ne pouvant me rendre au congrès de votre fédération, écrit-il, je tenais cependant à vous apporter les éléments de réponse suivants ». Le ministre détaille alors l’ensemble des mesures déjà évoquées avant de conclure : « le secteur arboricole retient toute mon attention et je souhaite pouvoir réussir avec vous les changements qui s’imposent pour redonner à ce secteur toute sa compétitivité et la place qu’il doit occuper en France ». Acte II : le congrès de la FNPF, toujours le 29 janvier et le départ de la délégation ministérielle (cf. notre Blog n° 74). Acte III : Luc Barbier écrit à son tour au ministre, en réponse à son courrier et au départ de la délégation ministérielle du congrès : « la politique de la chaise vide n’a jamais été une bonne politique » déplore-t-il avant de conclure : « les producteurs de fruits ne sont pas dupes (.) Il était important de rappeler la réalité, celle de producteurs qui disparaissent (.) Il est temps de prendre conscience de la réalité de la situation des producteurs de fruits (.) A quand une réponse adaptée à nos demandes ? ». Acte IV : la rencontre avec le ministre allemand (lire ci-dessus). Acte V : publication, le 5 février de Direct Légumes, l’hebdomadaire de Légumes de France. Sous le titre « Conseil spécialisé F&L de FranceAgriMer : le ministère n’a plus rien à dire » on peut lire notamment : « A défaut de prendre acte de l’exaspération des producteurs, parfaitement retranscrite par les propos du président de la FNPF, le représentant du ministère, Julien Turenne, a cru bon de devoir justifier l’inaction du ministre omni absent en mettant en avant…. la participation de la France au budget de l’Europe et, donc, le retour via les programmes opérationnels ! A force de trop tirer sur les ficelles, quand bien même elles sont grosses, elles finissent par casser ! Face à la bronca suscitée par ses propos, M. Turenne a dû renoncer à poursuivre son intervention. Le ministre ne veut pas entendre le désespoir des producteurs. Les producteurs ne sont pas forcés d’entendre plus longtemps les verbiages du ministre et de ses représentants ». Quand on vous dit que ça ne s’arrange pas…

 

 

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