Les manifestations de la « nuit de la détresse » ont largement dépassé l’ouest de la France et les filières de l’élevage. Plus de 10 000 agriculteurs se sont mobilisés dans 65 départements. La tension est grande et l’exaspération totale.

L’image de Xavier Beulin, président de la FNSEA, chahuté par ses troupes en Bretagne a été reprise en boucle vendredi matin par les chaînes d’info. Bien entendu, il y a eu bien d’autres évènements pendant cette nuit de jeudi à vendredi. La mobilisation a été particulièrement importante : il faut remonter loin en arrière pour en trouver une équivalente, sur l’ensemble du pays. Mais cette scène est révélatrice de l’exaspération des agriculteurs. « Si au cours des toutes prochaines semaines aucun signal n’est apporté, notamment sur nos revendications de court terme, sur les prix et sur les normes, alors nous pouvons promettre au pays un mois de septembre que l’on n’est pas prêt d’oublier » a déclaré Xavier Beulin. Dans Ouest France (4 juillet), le président de la FNSEA revenait sur les origines de cette crise : « Depuis trois semaines, rien n’a bougé. On ne peut même pas parler de frémissement pour les cours. Tous les acteurs, la main sur le coeur, avaient pourtant fait des promesses. Or, que constate-t-on ? Pour la viande bovine, sur cinq centimes promis on a eu un demi-centime. Ce n’est pas mieux en porc. Ceci explique la forte mobilisation des éleveurs, en particulier dans le Grand Ouest ». De fait, pour ce qui concerne l’élevage, abatteurs, transformateurs et distributeurs, se renvoient la balle. Et rien ne change. Le 1er juillet, Stéphane Le Foll confirmait, à demi-mot, la situation : « J’ai demandé à ce que le médiateur agisse auprès de tous les acteurs (…) pour vérifier si les engagements ont été tenus que ce soit du côté de la grande distribution ou de la transformation » annonçait-il à l’Assemblée nationale. Dans un communiqué publié vendredi, Xavier Beulin demande «un débat à l’Assemblée Nationale et au Sénat ». Il veut « un débat digne de ce pays avant que la France ne perde son agriculture, ses paysans, ses territoires, ses productions, ses emplois et ses espoirs ». L’interpellation se veut solennelle. Mais si un débat est toujours utile pour fixer un cap à long terme, on ne voit pas bien comment il peut répondre à une situation d’urgence. D’autant que le calendrier du Parlement, qui siège en ce moment en session extraordinaire, est particulièrement encombré. On en saura certainement davantage ce mardi, puisque la FNSEA et JA tiennent ensemble un point presse sur « la situation de détresse dans laquelle se trouve l’agriculture française ».

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