Crise agricole et manifs : et maintenant ? | Lundi 7 septembre 2015

La mobilisation, réussie, du 3 septembre à Paris a été le point d’orgue du plus long été de crise que l’agriculture française ait connu depuis longtemps. Et la réponse du gouvernement n’a pas été à la hauteur de cette mobilisation. Ce lundi 7 septembre, le théâtre des opérations se déplace à Bruxelles avec un conseil des ministres extraordinaire et une nouvelle manifestation.

Plus de 1 700 tracteurs, 7 000 manifestants, pas d’incidents majeurs : la FNSEA a, une fois de plus, réussi sa démonstration de force. Après un été sans précédent (plus de 500 mouvements organisés depuis le blocage des autoroutes normandes début juillet) réunir autant de monde qui plus est avec tout ces tracteurs : peut d’organisations professionnelles en sont capable. Mais chaque médaille à son revers. Et Xavier Beulin a fait les frais de son exposition permanente tout au long de l’été. On ne peu pas faire venir plus de 1000 tracteurs de Bretagne, du Centre, de Normandie, de Picardie, de l’Est, etc… en convois autoroutiers encadrés par la police ou la gendarmerie, escortés par les services des sociétés d’autoroutes, sans négociation. Et qui dit négociation, dit contrepartie. Est-ce que la FNSEA elle-même a souhaité faire les annonces Place de la Nation ? Est-ce que cela faisait partie du « deal » avec Manuel Valls ? Quoiqu’il en soit, c’est Xavier Beulin, qui, en annonçant les mesures décidées par Matignon, en a, aux yeux de ses troupes, endossé la co-paternité. Et c’est lui qui a essuyé les sifflets, les hués de certains des manifestants. Bien sur, il y a du positif dans ce que propose Manuel Valls : l’année blanche, le moratoire sur les normes,… mais rien sur les prix, rien sur l’embargo russe. Et surtout, aucune perspective à long terme. Quel est le projet de la France pour son agriculture ? La société ne veut pas de ferme des 1000 vaches, ne veut pas d’OGM, veut toujours moins de pesticides. Mais elle veut aussi des prix toujours plus bas. Les maires n’arrivent pas à boucler les budgets de leurs cantines scolaires : comment proposer des repas à 2 euros avec des produits de qualité, de terroir, de proximité, bio ? Depuis la création de la Pac, la France a fait le choix d’une agriculture nombreuse, familiale, présente sur l’ensemble du territoire, diversifiée. Ce projet est-il toujours celui de notre pays ? Si oui, il ne tient plus dans une Europe à 28, ouverte aux grandes plaines de l’Est, avec une Allemagne qui a décidé de devenir, aussi, une puissance agricole, et qui nous taille des croupières. L’agriculture française se trouve à l’un des plus grands tournants de son histoire moderne. Pour relever cet immense défi, le pays tout entier doit lui tendre la main.

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