Remaniement : le Valls à trois temps | Dimanche 14 février 2016

Monsieur Bricolage, BricHolland,… la presse s’en est donnée à cœur joie pour commenter le gouvernement Valls III*. Il faut bien reconnaître que l’on est davantage dans la toute petite politique que dans les grands desseins visionnaires !

72 ministres depuis 2012, 8 survivants

Depuis le premier gouvernement Ayrault en mai 2012, François Hollande aura nommé 72 ministres et secrétaires d’Etat. Dans le Valls III, il n’en reste que 8 de l ‘équipe de départ, constate le JDD. Nous ajoutons que seulement 3 sont au même poste : Le Drian (Défense), Touraine (Santé) et Le Foll (Agriculture).

Le Foll reste à l’Agriculture et garde le porte-parolat

Il était l’un des plus menacé en théorie : Stéphane Le Foll reste ministre de l’Agriculture, poste qu’il occupe depuis mai 2012. Pourtant, en pleine crise agricole, ses jours semblaient pour beaucoup comptés. Les noms des successeurs potentiels circulaient plus ou moins ouvertement : Didier Guillaume, président du groupe PS au Sénat, Germinal Peiro, député (PS) de la Dordogne et spécialiste de l’agriculture pour le parti, Philippe Martin, député (PS) du Gers, Jean-Michel Baylet, qu’il fallait absolument caser. Pour sa part, l’hebdomadaire Challenges (4 février) écrivait que Xavier Beulin avait sa candidate Valérie Rabault, député (PS) du Tarn-et-Garonne. Finalement, Le Foll est resté. Le plus amusant c’est que le jour du remaniement, le ministre, Guillaume, Peiro, assistaient ensemble au colloque sur le bilan de la loi d’avenir. Le fait que Le Foll reste à l’Agriculture est une chose, mais lui laisser le rôle de porte-parole est contestable. C’est à partir du moment où il a pris cette fonction en avril 2014 que les relations avec les agriculteurs ont commencé à se dégrader. Il est reproché au ministre de s’occuper davantage de politique que d’agriculture. Le boulot de porte-parole ne doit pas prendre un temps fou, ok. Mais son exposition médiatique est telle que c’est l’impression que cela donne. Il n’était pas nécessaire de persévérer dans l’erreur.

Le Foll n’était pas le premier choix de la FNSEA

A la FNSEA, on n’a certainement pas sauté au plafond à l’annonce de la reconduction de Stéphane le Foll. Xavier Beulin ne cachait pas qu’il voulait « un ministre à plein temps ». S’il reconnaît qu’il n’a pas de problème avec la « personne » (Paris Match, 11 février), « c’est un ministre qui n’a pas pris conscience assez tôt de la situation de l’agriculture française, ajoute-t-il (.) Et les agriculteurs entendent beaucoup le ministre sur des sujets non agricoles, comme porte-parole, et le vivent mal ». Challenges (4 février) rapporte la préférence supposée de Xavier Beulin pour Valérie Rabaut : « elle a les qualités de sérieux et de rigueur pour succéder à Stéphane le Foll, qui est à mi-temps avec le porte-parolat du gouvernement et ne paraît plus concerné par ce poste, aurait dit le président de la FNSEA. La situation des paysans est dramatique. Et si rien n’est fait, le prochain salon de l’agriculture risque d’être brûlant ». Après l’annonce du remaniement, Xavier Beulin a posté ce simple message sur son compte Twitter : « ça ne mérite aucun commentaire… ». Tout es dit.

Le Foll et Macron rétrogradés

Deux ministres parmi ceux qui restent au gouvernement reculent dans l’ordre protocolaire. Il s’agit de Stéphane Le Foll qui passe de la 10ème à la 11ème place et d’Emmanuel Macron qui passe de la 11ème à la 13ème place. Pour le second, la presse s’accorde à dire qu’il s’agit d’une petite punition pour un ministre qui commençait à avoir la grosse tête. Pour le Foll, nous ne relevons aucun commentaire. Mais il fallait (décidemment) faire de la place à Jean-Michel Baylet qui pointe en 9ème position, devant le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve. Il faut croire que l’arrivée du président des radicaux de gauche est un événement plus important que l’application de l’état d’urgence. Notons que George Pau-Langevin, ministre des Outre-mer reste en dernière position.

Ministère naming

Mais qui trouve les noms des ministères ? Est-ce un métier ? Y-a-t-il une formation spécifique ? On avait connu il y a longtemps le « Temps libre », plus récemment le « Redressement productif ». Dans Valls III nous avons « l’Aide aux victimes », « l’Habitat durable » et, notre préféré, « l’Egalité réelle ». Notons enfin que « l’Egalité des territoires » (Valls II) devient « le Développement des territoires ». Suite du concours au prochain remaniement.

L’indispensable monsieur Baylet

Depuis que l’on sait qu’il va y avoir un remaniement, une chose était certaine pour toute la presse, c’était l’entrée au gouvernement du président des radicaux de gauche (PRG), Jean-Michel Baylet. « Il fallait un poste pour Jean-Michel Baylet » a reconnu Marylise Lebranchu, ex-ministre de la Fonction publique (RTL, 12 février). Qui est donc celui qui apporte cet air de renouveau au gouvernement (il a été secrétaire d’Etat pour la première fois en 1984 !) ? Elu local, patron de presse, héritier d’une dynastie qui règne depuis des décennies dans le Sud-Ouest, Jean-Michel Baylet dirige le PRG, seul parti allié fidèle du PS et de Hollande. D’où sa nomination. L’homme piaffait d’impatience de rentrer au gouvernement surtout depuis sa double défaite aux sénatoriales en 2014 et à la présidence du Conseil départemental de Tarn-et-Garonne en 2015, une fonction qui « appartenait » à la famille Baylet depuis 70 ans. Il est aussi le patron de la Dépêche du Midi « le journal de la démocratie du midi » comme ce quotidien s’autoproclame. Car à la Dépêche, sous la férule de la famille Baylet, on a une conception bien particulière de la démocratie. Il suffit de demander aux opposants politiques du patron. Dominique Reynié, tête de liste (LR) aux dernières régionales en a fait l’expérience à ses frais. Quant à ceux qui veulent en savoir davantage sur l’histoire de la Dépêche (qui vient de prendre le contrôle de Midi Libre à Montpellier) et de la famille Baylet, nous leur conseillons la lecture du livre « La Dépêche du Midi et René Bousquet, un demi-siècle de silences » écrit par l’ancien communiste refondateur Claude Llabres (Fayard, 2001). Il rappelle le rôle du journal pendant la collaboration et ses liens avec René Bousquet, secrétaire général de la police de Vichy (à ce titre organisateur de la rafle du Vel d’hiv) qui sera administrateur du quotidien de 1959 à 1971. Notons enfin que selon PresseNews (12 février), Marie-France Marchand-Baylet, ex épouse de JMB, actuellement à la tête de la Fondation « La Dépêche », devrait être nommée présidente du groupe de presse La Dépêche. Marie-France Marchand-Baylet est également à la tête de l’association Flag-France Renaissance qui vise à valoriser le patrimoine français. Elle dispose à ce titre d’un bureau au Quai d’Orsay. A la ville, elle est la compagne de Laurent Fabius. «Je veux une République exemplaire » (François Hollande, printemps 2012).

* : en réalité, l’expression « Valls III » est inappropriée puisqu’il n’y a pas eu de démission du gouvernement.

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