L’Assemblée nationale a donc voté l’interdiction des néonicotinoïdes à partir de septembre 2018. Voici pour les faits. Mais derrière ce vote, la situation est beaucoup plus compliquée.

La semaine commence par un article du Monde (daté du 16 mars). Le ministre de l’Agriculture a « mis tout son poids dans la balance » écrit le quotidien qui révèle que Stéphane Le Foll « s’est adressé aux députés dans une lettre argumentée, pour les inciter à ne pas se prononcer en faveur d’une interdiction simple et totale ». A ce moment, le texte qui devra être débattu par les députés, prévoit l’interdiction de cette famille d’insecticides à partir du 1er janvier 2017. Dans sa lettre, si le ministre reconnaît la toxicité du produit, il indique qu’il ne veut pas que son interdiction créée « des distorsions entre les agriculteurs français et le reste des agriculteurs européens ». C’est peu de dire qu’a l’annonce de cette lettre aux députés, le ministre de l’Agriculture en a pris pour son grade. Députés de la majorité (PS, Verts, …), organisations environnementales (comme la Fondation Nicolas Hulot qui s’interroge sur la « cohérence » du ministre), dénoncent son initiative. Le prix de la camaraderie revient à sa collègue du gouvernement, Ségolène Royal, ministre de l’Environnement qui s’est dit « surprise » par l’initiative de Stéphane Le Foll. « Soit on ferme les yeux et on continue à faire comme si de rien n’était, soit on a le courage de poser les problématique » a-t-elle ajouté sur BFMTV (18 mars) en qualifiant le maintien des pesticides de « combat d’arrière-garde ». Finalement, l’Assemblée nationale vote (par 30 voix contre 28 !) l’interdiction des néonicotinoïdes à partir du 1er septembre 2018. Les réactions n’ont pas tardées : « je me réjouis que la France prépare son avenir et protège la santé et les pollinisateurs » écrit Ségolène Royal qui « félicite le travail de Barbara Pompili (secrétaire d’Etat à la Biodiversité) et des députés » sans citer Stéphane Le Foll ! De son coté, le ministre de l’Agriculture « salue le rejet par l’Assemblée nationale de l’interdiction brutale au 1er janvier 2017 de l’ensemble des insecticides néonicotinoïdes ». « Le report de toute nouvelle interdiction à 2018 permettra une évaluation préalable des alternatives » estime le ministère qui annonce par ailleurs la saisine de l’Anses. Chez les organisations professionnelles agricoles, seule la Confédération paysanne fait part de sa satisfaction : « ce vote est un signe fort alors que les députés étaient fortement encouragés, en particulier par le ministre de l’agriculture, à refuser cette interdiction » écrit la CP. Coop de France dénonce une « interdiction plus emblématique que rationnelle », alors que la FNSEA souligne les divisions du gouvernement : « drôle de match au gouvernement » écrit la fédération. « Va-t-on continuer, alors que perdure une crise agricole d’une extrême gravité, à charger la barque des contraintes supportées par les paysans français ? » s’interroge la FNSEA. Notons enfin que la Gefel (Gouvernance des fruits et légumes) a décidé d’écrire à Stéphane Le Foll pour le remercier de son attitude dans ce débat. Par les temps qui courent, c’est rare ! La loi Biodiversité doit maintenant poursuivre son parcours législatif pour une seconde lecture au Sénat.

 

 

 

 

 

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