Le Foll, « le dernier des grognards » | Lundi 24 octobre 2016

Le livre « Un président ne devrait pas dire ça … » n’est plus à présenter. François Hollande n’épargne personne, ni ses adversaires, ni ses amis, ni ses ministres. Personne, ou presque. Un ministre au moins échappe à la vindicte présidentielle, Stéphane Le Foll. Pour une fois, en politique la fidélité paye.

Le ministre de l’Agriculture est cité 39 fois, et encore le plus souvent par les auteurs. C’est bien moins que Manuel Valls (116 fois), Jean-Marc Ayrault (116 fois), Emmanuel Macron (118 fois), Arnaud Montebourg (95 fois),… C’est Stéphane Le Foll qui d’abord parle de François Hollande. Cela concerne le référendum, perdu, de 2005 sur le Traité constitutionnel : « Il y a une forme de résilience chez lui. Il est très urbain et sympa, mais c’est un dur, une lame. Une carapace douce, et un noyau de métal. Il peut être très dur, ce salopard, sans te le dire franchement !… ». Première, petite pique, de Hollande sur le Foll quand le président évoque la nomination du Premier ministre en 2017 et qu’il écarte, dans un premier temps, le Sarthois : « Le Foll est brutal… Il en faut aussi ». C’est pourtant avec le Foll que le candidat Hollande a préparé le débat entre les deux finalistes de la présidentielle. « Ce qui unit Le Foll et Hollande est de l’ordre de l’indicible, écrivent les auteurs. Il sera toujours le dernier des grognards (.) Le nouveau ministre de l’Agriculture a toujours secondé Hollande (.) souvent pour faire le sale boulot, quand il fallait marteler, frapper du point sur la table ». Le Foll n’épargne pas ses camarades du gouvernement. Sur Montebourg : « Arnaud, il part sabre au clair, mais dans ces cas-là, il faut quand même regarder s’il y a des troupes derrière ! Et puis, il y a son travers perpétuel, donner des leçons à tout le monde. » Quant aux alliés écologistes : « Les écolos, ils sont tellement conformistes… Il y aurait eu des Verts du temps de Haussmann, Paris serait resté un village ! » Connaissant les rouages intimes du président, Le Foll intervient à chaque crise « conjugale ». Après le tweet de Valérie Trierweiler et la défaite de Ségolène Royal aux législatives de 2012 : « Chez Valérie, l’envie de régler des comptes est plus forte, alors qu’elle sait très bien comment ça marche ». Après la révélation de la liaison du président avec Julie Gayet : « Le souci c’est qu’il (Hollande) a peur que Valérie parle. Valérie, c’est une grenade dégoupillée ». Hollande « n’aime pas humilier. Il déteste le conflit. Du coup il n’est pas direct » raconte le Foll. Dans un premier temps, François Hollande avait décidé de ne pas nommer Stéphane Le Foll ministre. Mais il ne le lui avait pas dit. Ce dernier avait dû le déduire. Pourtant, Hollande sait qu’il peut compter sur Le Foll : « Si j’ai quelque chose à dire à quelqu’un qui gardera le secret, c’est Le Foll ». Voilà, ce livre nous en dit un peu plus sur la relation entre le président et le ministre de l’Agriculture, qui deviendra aussi porte-parole du gouvernement. Cela confirme l’importance de la relation entre les deux hommes. Si d’aventure, Hollande est candidat à sa succession, Le Foll aura certainement un rôle majeur dans la campagne. Et l’agriculture au fait ? Ce n’est pas la préoccupation des discussions du président avec les deux journalistes. Le sujet n’est abordé qu’une fois, quand des militants de la Confédération paysanne retiennent quelques minutes Philippe Vinçon, conseiller à l’Elysée, dans la préfecture de Rodez. Et encore, c’est pour critiquer le traitement de cet incident par les chaînes d’info : « C’est à la préfecture ! Il n’y a qu’un mot à dire, on envoie trois flics contre quatre types de la Confédération paysanne et c’est réglé ! Et pour les chaînes d’info, c’est quasiment une prise d’otage… ». On peut refermer le livre.

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