7 candidats sur 11 ont répondu à l’invitation du Conseil de l’agriculture française (Caf) et se sont rendus à Brest le 30 mars pour exposer leur projet pour l’agriculture. Compte-rendu subjectif.

Où est passé Benoît Hamon ?

4 candidats ont décliné la proposition du Caf : Nathalie Arthaud, Philippe Poutou, Jean-Luc Mélenchon (le Caf a refusé, comme en 2012, qu’il se fasse représenter) et Benoît Hamon. Si l’absence des trois premiers n’est pas une surprise, on ne peut pas en dire autant du candidat du PS. C’est le parti au pouvoir, dont est issu le président de la République, le Premier ministre, le ministre de l’Agriculture, etc. De plus, il y a toujours eu, et il y a encore, un courant socialiste non négligeable chez les agriculteurs, et même à la FNSEA. Un ancien président de la fédération aimait à dire qu’il y avait plus de socialistes à la FNSEA que d’adhérents à la Confédération paysanne ! L’absence de Benoît Hamon a été mal vu par les congressistes qui sauront le faire savoir. Seule ‘explication’ que nous avons trouvé et que nous livrons sous toutes réserves : le candidat n’est pas venu, car Brest est le fief de Le Drian, ministre de la Défense qui a rallié Macron. Bon, ça vaut ce que ça vaut, mais si Hamon s’interdit d’aller dans les territoires gérés par des socialistes ralliés à Macron, il n’usera pas beaucoup sa carte Grand voyageur ! Comble du comble, les journalistes ont reçu le jour même du congrès, un communiqué présentant le programme agricole de Hamon. Faut oser.

Achille Talon candidat

Invité surprise de cette présidentielle, François Asselineau n’allait pas louper une occasion de prendre la parole. Celui qui se présente comme le candidat du Frexit a remercié le Caf de l’avoir invité pour défendre une position diamétralement opposée à celle su syndicalisme agricole majoritaire. Asselineau, c’est un peu Achille Talon en politique : un érudit à l’ancienne qui sait tout par cœur, qui cite, sans notes, les articles des traités européens, les chiffres, les budgets, les pays (il les a à peu près tous visités) qui parle chinois, japonais,… Bref, un monsieur très sérieux que l’on n’invite pas à diner si on veut rigoler.

Macron tacle Le Foll

Objet politique non identifié, Emmanuel Macron était certainement le candidat attendu avec le plus de curiosité par les agriculteurs. Il jouait presque à domicile puisque la région Bretagne est présidée par Jean-Yves le Drian (voir plus haut). Il était d’ailleurs accompagné par Olivier Allain, vice-président du Conseil régional. Nous avons déjà évoqué le ‘programme’ agricole de Macron (cf. notre Blog du 27 mars). C’est ce qu’il a redit dans un discours un peu lassant. Incontestablement, l’homme est plus à l’aise dans le débat et la réplique. Il s’est payé Le Foll (applaudissements garantis à la FNSEA) et Fillon. Pour le premier, il a simplement dit qu’il y aurait un ministre de l’Agriculture dans son gouvernement, qu’il « sera fort et à plein temps ». Tout le monde à compris. Pour le second, il a dit en substance qu’il valait mieux avoir beaucoup de soutiens qui arrivent que des soutiens qui partent. Ambiance.

NDA, le studieux

Nicolas Dupont Aignan a un coté premier de la classe. Il assène ses idées méthodiquement, sans éviter la grandiloquence : « la situation de notre agriculture est tragique », « je suis candidat pour reprendre la France en main », « je défend un patriotisme de bon sens ». Il ne propose pas d’emblée de sortir de l’Europe, mais à condition de « retrouver l’esprit de la Pac ». « Si nous n’obtenons rien, nous claquons la porte ». Il veut une « exception agricole à l’OMC (.) récupérer l’excédent français pour le donner à nos retraités (.) supprimer les cotisations sociales agricoles et les remplacer par une petite taxe sur la grande distribution ». On ne peut pas dire qu’il est démago. Ainsi, sur le principe de précaution, il ne propose pas de le supprimer : « le problème, c’est l’interprétation du principe de précaution. Il doit être encadré avec du bon sens ». Studieux on vous dit.

Frère Lassalle

« Frère des terroirs et des terres de France » : ainsi a commencé le discours de Jean Lassalle, le berger des Pyrénées. Il est incontestablement sympathique et à la côte auprès des agriculteurs mais, comment dire, on ne comprend pas toujours ce qu’il veut dire. Il a fait un tabac en parlant des loups : il est «absolument impossible de faire cohabiter l’homme et les animaux en montagne ». Mais certains de ses propos sont confus : « je ne veux pas qu’on oubli les cimetières ». La salle s’est amusé en lui posant des questions : « Comment allez vous faire pour être à l’heure à Bruxelles si vous y allez à pied alors que les autres y vont en avion ? ». Il sait à merveille jouer de la proximité et de ses racines rurales : « Nous sommes passés par le même lycée, a-t-il rappelé à Michel Prugue, président de Coop de France. C’est un excellent lycée ». Efficace.

« L’Europe c’est la guerre »

« La Pac c’est l’Europe, et l’Europe c’est la paix. On casse tout ? » demande un congressiste à Marine Le Pen. « Vous rigolez, l’Europe, c’est la guerre, la guerre des prix, le dumping social… » répond la candidate du Front national. Une réponse rappelée par Christiane Lambert en toute fin de congrès : « un des candidats est interrogé sur la paix. Vous l’avez vu, vous l’avez entendu. L’Europe à un rôle à jouer sur la sécurité. Nous voulons une Europe attractive et audacieuse, une Europe au projet politique renouvelé, une Europe pertinente ». La présidente par intérim de la FNSEA a fait le job.

La pause Cheminade

Nous avons trouvé le sens de la candidature de Jacques Cheminade. Son temps de parole (20 minutes environ, comme pour tous les candidats) a servi de pause à de très nombreux congressistes. Merci !

Fillon n’a pas tout dit

Etant l’invité de la matinale de RTL le jeudi, François Fillon a demandé à passer en dernier. C’était aussi une occasion de conquérir la salle (si toutefois elle avait besoin d’être conquise). Son équipe a distribué son discours à la presse, et l’on a pu constater qu’il n’a pas tout dit. Il a notamment sauté la phrase qui visait d’autres candidats : « Ne croyez pas les candidats qui vous expliquent qu’ils vont vous verser un salaire car vous êtes, disent-ils, « les jardiniers de la France ». Ne croyez pas non plus ceux qui promettent le revenu universel … ». Bon, comme le veut la formule, seul le prononcé fait foi. François Fillon en revanche n’a pas résisté au plaisir de glisser une petite vacherie à NKM : elle ne sera « surement pas ministre de l’Agriculture. Elle a d’autres talents ». Sympa. Il a conclu en citant Georges Pompidou : « Arrêtons d’emmerder les agriculteurs » ce qui lui a permis de sortir sous un tonnerre d’applaudissements. Bien vu.

 

 

 

 

 

 

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