lundi 14 octobre 2019

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Etats généraux de l’alimentation : et maintenant ?

Près de 500 personnes ont assisté au lancement des Etats généraux de l’alimentation le 20 juillet. Une journée un peu bizarre ou chacun voulait se faire voir, marquer son territoire, et montrer à la fois son envie de participer et les limites qu’il entendait poser. Retour, subjectif, sur cette journée.

Et Macron n’est pas venu

Annoncé pour début juillet, puis pour le milieu du mois, le lancement des EGA a finalement eu lieu le 20 juillet, pour permettre au président de la République de venir conclure la journée. Sauf qu’Emmanuel Macron n’est pas venu. « Le président de la République est à sa place avec les forces armées » a déclaré Stéphane Travert, en commentant l’absence d’Emmanuel Macron. Il faisait allusion au déplacement du président à Istres, suite à la démission, le 19 juillet, du chef d’état major des Armées. Sauf que Macron avait largement le temps d’aller à Istres et de rentrer à Paris pour une intervention programmée à 18 heures. Sauf que cette intervention aux EGA a été retirée de l’agenda de l’Elysée dans la journée de mercredi. Sauf que, surtout, et enfin, la décision de ne pas venir aux EGA a été prise au moins le mardi, soit la veille de la démission du général de Villiers. En réalité, Emmanuel Macron préfère intervenir fin septembre-début octobre à la charnière entre les deux chantiers des EGA, le 1er sur les prix et le revenu des agriculteurs, et le second sur l’alimentation saine et durable. Pourquoi pas ? Mais pourquoi ne pas le dire tout simplement ?

La ministre de la Santé non plus

Agnès Buzyn, ministre des Solidarités et de la Santé, annoncée dans le programme officiel distribué à la presse le mardi 18 juillet, était elle aussi absente. Et pour cause, elle était à Talinn (Estonie) pour un conseil informel des ministres de la Santé. C’était évidemment sa place. Mais un conseil européen des ministres est programmé plusieurs semaine à l’avance. Alors là aussi, pourquoi avoir persisté à annoncer la venue d’un ministre, alors que l’on savait pertinemment qu’elle ne viendrait pas ? Notons enfin que Bruno Le Maire lui non plus n’est pas venu. Il était bien présent à 9 heures pour accueillir le Premier ministre dans son ministère. Son intervention aux EGA était bien inscrite à son agenda, mais il a finalement était remplacé par son secrétaire d’Etat Benjamin Griveaux. Nous ne sommes pas en mesure de dire pourquoi…

Edouard Philippe : « l’Etat ne doit pas tout faire »

« L’Etat est une partie prenante, importante, mais parmi d’autres » a notamment déclaré le Premier ministre. « Je ne dis pas que l’Etat ne peut pas tout faire, je dis qu’il ne doit pas tout faire » a-t-il ajouté. « En fonction des conclusions, l’Etat accompagnera et mettra en place les politiques publiques ». Pour Edouard Philippe, les EGA doivent « fixer un cap clair, simple et cohérent pour répondre à l’enjeu de la répartition de la valeur ». L’autre but de ces EGA est de « réconcilier agriculture et environnement ». « La transition écologique n’est ni une mode, ni une idéologie. Elle est encore moins un prétexte pour orienter ou interdire telle ou telle culture. Elle est une tendance de fond. Une tendance mondiale dont la vitesse de propagation est considérable. Elle sera une menace si nous refusons de nous y adapter. Elle sera notre chance si nous la devançons ».

Echange costaud entre la FNH et Travert

De nombreuses ONG environnementales se sont exprimées au cour de cette première journée. On peut noter la Fondation Brigitte Bardot, le Réseau environnement santé, WWF France, Greenpeace France, la plate forme du Commerce équitable, la Mouvance agro-écologique du Var, France nature environnement, Génération Future (avec un François Veillerette étonnamment consensuel !). Mais l’échange le plus costaud a eu lieu entre Audrey Pulvar (qui vient de remplacer Nicola Hulot à la présidence de la Fondation pour la nature et l’homme) et le ministre de l’Agriculture Stéphane Travert. « Est-ce que l’ambition (de ces EGA) est moins importante ? » a demandé la journaliste faisant allusion à l’absence du président et de deux ministres. De plus estime-t-elle « un agenda des solutions ne suffira pas à pérenniser nos préconisations ». « Tout le monde est là. Je ne vois pas pourquoi nous aurions des EGA à minima ou de moindre ambition » a répondu Stéphane Travert, piquet au vif. « Nous ne sommes pas là aujourd’hui pour porter une petite ambition » a-t-il ajouté sous les applaudissements d’une partie de la salle qui se demandait si le ministre répondait à l’actuelle présidente de la FNH, ou à son prédécesseur…

Et Hulot arriva

Sans être désobligeant pour les autres orateurs, l’intervention de Nicolas Hulot était certainement la plus attendue de la journée. Pas d’annonces dans son discours, mais le ministre a donné sa vision de ces EGA : « J’espère qu’aujourd’hui est le début de quelque chose de grand (.) Nous avons le choix entre le sursit et le sursaut (.) Je fais un rêve, c’est d’associer l’intelligence de l’homme avec l’intelligence de la nature (.) Dans beaucoup de domaines, la nature nous offre des tas d’alternatives et de solutions (.) Il n’y a pas un mode de production agricole, et vous ne nous avez pas attendu pour évoluer dans certains domaines », etc. Bon !

Et maintenant ?

De nombreuses autres interventions ont eu lieu au cours de cette journée (plus de 6 heures de débats en tout). Et notamment celles des syndicats agricoles (FNSEA, JA, CR, CP), de la FCD, de l’Ania,… Tous ont fait part de leur optimisme, mais d’un optimisme prudent (notamment sur la question de la répartition de la valeur). Tous ont souhaité participer à tous les ateliers. Et c’est là que le casse-tête commence. Car il va falloir désormais procéder à la composition des 14 ateliers. Et d’abord nommer les présidents. Les noms des 14 présidents devaient être annoncés le 20 juillet. Mais là aussi, il y a un peu de retard. Certainement à cause d’un afflux de candidatures (les JA par ex. sont candidats à la présidence de trois ateliers). Au final, le choix reviendra au ministre de l’Agriculture (après des débats en interministérielle – 11 ministères sont concernés !). Stéphane Travert appellera lui-même les 14 personnalités retenues pour leur proposer une présidence. Au président ensuite de composer son atelier (entre 30 et 40 personnes par atelier nous dit-on). Les trois ateliers sur la répartition de la valeur doivent se réunir une première fois fin août. J’en connais qui vont passer un super été !