jeudi 18 octobre 2018

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De Castaner à Nutella

Président du parti En Marche, Christophe Castaner déclare que le modèle agricole français est « totalement dépassé ». Une promo d’Intermarché est à l’origine d’émeutes dans les magasins. Emmanuel Macron annonce « le printemps » aux agriculteurs. Commentaires personnels…

Castaner : qui est dépassé ?

Christophe Castaner n’est pas n’importe qui. Il a été le premier porte-parole du Gouvernement d’Edouard Philippe (après avoir été porte-parole du candidat Macron pendant la campagne électorale). Aujourd’hui, il est secrétaire d’Etat chargé des Relations avec le Parlement et délégué général (donc le patron) du parti majoritaire La République en Marche. Donc, quand il prend la parole, ce n’est pas pour dire n’importe quoi. Ses mots portent, et on peut supposer qu’un tel personnage dit tout haut ce que le Premier ministre et le président de la République pensent tout bas. « Nous devons avec les paysans moderniser nos exploitations agricoles, leur donner les moyens d’une transformation en profondeur d’un modèle agricole qui est totalement aujourd’hui dépassé » a déclaré Christophe Castaner le 24 janvier, la veille des vœux d’Emmanuel Macron au monde agricole. De quel modèle agricole parle donc monsieur Castaner ? On ne sait. Il y a plusieurs agricultures en France, plusieurs modes de production, plusieurs systèmes d’exploitations, etc. Mais, en ce qui me concerne, je ne connais qu’un seul « modèle agricole » français. C’est celui de l’exploitation familiale où le chef d’exploitation, qu’il soit propriétaire ou fermier, est maître chez lui. L’autre ‘modèle’ (1), c’est celui d’une agriculture de capitaux avec des investisseurs d’un coté et des salariés de l’autre. Si le premier modèle est « dépassé », c’est que Christophe Castaner privilégie le second. C’est aussi l’avis d’Emmanuel Macron ?

Charte d’engagement : vous m’en remettrez bien une tartine (de Nutella) 

Les images ont été passées et repassées sur les chaînes infos, vues des milliers de fois sur internet. La promo Intermarché sur le Nutella (- 70 %) est révélatrice de bien des choses et pose de nombreuses questions. Révélatrice d’abord de l’attitude des consommateurs. Vous savez, ce consommateur qui, on nous l’a répété jusqu’à plus soif pendant les EGA, est le véritable arbitre. C’est lui qui décide. Faisons lui confiance, il va nous tirer vers le haut. Vous allez voir ce que vous aller voir. Et bien on a vu. Des bagarres, des cris, des caddies pillés, des rayons renversés, des mini émeutes dans les magasins au point que dans plusieurs villes, la police ou la gendarmerie ont du intervenir. Il ne s’agit pas de jeter la pierre sur ces gens. Mais quand même. Depuis quand le Nutella est une denrée vitale ? Cette affaire est également révélatrice de l’attitude passée, présente et à venir, de la grande distribution. Bien sûr, ne faisons pas d’un cas isolé une généralité. Mais ont peut trouver aisément des cas similaires (peut-être moins excessif) chez les concurrents des Mousquetaires. Il y a un coté provocation dans l’opération Nutella (2). En pleine sortie des Etats généraux, quelques jours avant la publication du projet de loi qui va légiférer sur les promotions, quelques semaines après la signature de la Charte d’engagement, ITM dit clairement aux pouvoirs publics : « allez vous faire f… ». Le texte qui sera présenté ce mercredi 31 janvier au Conseil des ministres est déjà mort-né. ITM et ses concurrents ont dans leurs cartons des solutions pour le contourner.

Vœux au monde agricole : un discours ne fait pas le printemps

Que retenir des vœux du président de la République au monde agricole (le 24 janvier dans le Puy de Dôme) ? Certes, c’était la première fois (Sarkozy avait fait des vœux au monde rural, nuance !). On apprend beaucoup du fonctionnement de Macron dans ce discours : beaucoup de paroles, belles, bien dites, affirmées avec conviction, mais après ? Sur le loup, les mots sont apaisants : il faut remettre l’éleveur au centre de l’alpage, etc. Sauf que le plan loup est en cours d’adoption. Et que le texte actuel ne va pas vraiment dans ce sens. Idem pour l’accord sur le Mercosur, idem sur l’attitude de la grande distribution. Une réunion est annoncée cette semaine (après celle d’il y a 15 jours, après la signature de la Charte) (3). De qui se moque-t-on ? Notons toutefois un léger recul sur le glyphosate. « Il nous faut penser printemps pour notre agriculture » a conclut le président. Malheureusement un beau discours, comme une hirondelle, ne fait pas le printemps. OM

(1) bon dans l’histoire, il y a eu aussi le ‘modèle’ soviétique, mais lui je crois qu’il est réellement dépassé.

(2) Lundi matin, on apprenait que la DGCCRF allait enquêter sur la légalité de cette promotion.

(3) Lundi matin, cette réunion n’était pas inscrite à l’agenda du ministre de l’Economie, l’agenda du ministre de l’Agriculture n’étant pas publié à l’heure où nous mettons en ligne.