samedi 15 décembre 2018

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EGA : et dire que l’on redoutait le pire…

Faut-il rappeler l’engagement d’Emmanuel Macron pendant la campagne électorale ? Faut-il rappeler les objectifs des Etats généraux de l’Alimentation ? Faut-il rappeler le titre du projet de loi ? Mais faut-il aussi, hélas, rappeler les inquiétudes à l’ouverture des EGA en juillet dernier ? Ce qui devait arriver est arrivé.

Bien sur la loi inverse la construction du prix des produits agricoles ; bien sur les promotions sont encadrées ; bien sur le seuil de revente à perte a été abaissé. Mais ces avancés paraissent bien timides et le tribut à la ‘société’ lourd à payer. Comme nous le redoutions après l’ouverture des EGA en juillet dernier, et encore plus après les débats en commissions, les députés s’en sont donné à cœur joie. Ils ont adopté, contre l’avis du Gouvernement, du secteur, et malgré les avertissements du Conseil d’Etat, un seuil de 50 % de produits bio, sous signes de qualité et locaux dans la restauration collective publique. Ce week-end (ils ont siégé vendredi soir, samedi et dimanche !) les députés présents (entre 50 et 50 selon les séances) se sont déchainés. Ils ont passé des heures sur l’interdiction des gobelets, des couverts et des assiettes en plastique. Puis ils ont longuement débattu sur l’interdiction des bouteilles d’eau dans les cantines scolaires, en discourant sérieusement (?) sur la différence entre les eaux de sources et les eaux minérales. Résultat des courses : les bouteilles en plastique sont interdites pour les eaux plates, mais pas pour les eaux gazeuses. Ils ont également décidé, là aussi contre l’avis du gouvernement de « renforcer » l’étiquetage de certaines denrées alimentaires. C’est, faut-il le préciser, un amendement La République en marche (LRM) qui prévoit d’inscrire, à partir de janvier 2023, des mentions comme « nourri aux OGM », ou indiquant le mode d’élevage, l’origine géographique, ou encore « le nombre de traitements, par des produits phytosanitaires sur les fruits et légumes frais », … Bien entendu un décret devra préciser les conditions d’application de cette mesure. Et on peut faire confiance aux différentes administrations pour adopter une prudente lenteur dans la préparation et la rédaction de ce décret. Si l’obligation de la vidéosurveillance dans les abattoirs a été, heureusement, rejetée, le principe d’une expérimentation sur la base du volontariat a été accepté. Ces exemples ne sont qu’une sélection, très partielle, de ce qui a été discuté et adopté. Il reste, en principe, deux jours de débats (avec l’interdiction du glyphosate au programme ce lundi !). Puis ce sera le tour du Sénat. Il n’y aura pas de deuxième lecture, puisque l’urgence a été déclarée sur ce texte. Il peut encore avoir quelques modifications ici où là. Par ailleurs, bon nombre de mesures seront retoquées, car inapplicables, ou inconstitutionnelles. Mais ne nous y trompons pas. Il n’y aura pas de retour en arrière. Ce qui vient de se passer et la traduction de ce qui se passe chaque jour, ou presque, dans les campagnes. Deux exemples récents : en Bretagne, l’Inspection académique a fait annuler une visite scolaire d’une ferme organisée par Triskalia, car il s’agissait d’un exemple d’agriculture conventionnelle (La France agricole, 23 mai). Le 24 mai, une poignée de militants EELV et Attac sont venus faire du bruit à l’expo Le Siècle vert organisée par l’UIPP à Paris. Ils contestaient, notamment, le fait que des écoles du quartier étaient venues visiter l’expo. Faut-il s’attendre à l’interdiction pour les scolaires d’aller au Salon de l’agriculture l’année prochaine ? Le lien entre l’agriculture et la société est cassé. Il faudra le « réparer » comme disait Emmanuel Macron en parlant de l’Eglise et de l’Etat. OM