vendredi 26 avril 2019

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Elections chambres : un paysage syndical stable

Les élections aux chambres d’agriculture n’auront pas bouleversé le paysage syndical agricole français. Mais cette stabilité souffre d’une chute de la participation.

La FNSEA reste majoritaire

Contexte agricole morose, mode du ‘dégagisme’, crise des gilets jaunes, le résultat des élections aux chambres d’agriculture était incertain. Le risque pour le duo FNSEA-JA de perdre sont statut de syndicat majoritaire existait. D’autant que personne ne savait à qui profiterait, ou qui serait victime, de la forte abstention attendue (lire plus loin). Et bien, il n’en a rien été. Le résultat national, en pourcentage, est quasiment identique à celui des dernières élections de 2013. La FNSEA-JA arrive largement en tête avec 54,9 % des suffrages exprimés. Elle gagne même un peu plus d’un point par rapport au dernier scrutin où elle avait obtenu 53,4 %. La Coordination rurale (20,6 %) perd 0,5 % (21,1 % en 2013) mais conserve sa deuxième place gagnée la dernière fois. Avec 19,6 %, la Confédération paysanne est stable (- 0,1 % par rapport à 2013). Enfin, le Modef obtient 1,43% des voix contre 1,96% en 2013.

Quelques surprises malgré tout

Si le paysage national reste inchangé, la donne dans les départements a légèrement évolué. Satisfaction pour FNSEA-JA qui, en métropole, regagne le Calvados (tenu par la CR depuis 24 ans), la Charente (CR) et le Puy-de-Dôm, qui était géré depuis 2013 par une alliance CP-CR. Les majoritaires perdent en revanche trois chambres : la Vienne (CR), la Haute-Vienne (CR) et la Loire-Atlantique (CP). Pour ce département, il n’y a que deux voix d’écart entre les listes CP (en tête) et FNSEA-JA. Un recours a été déposé.

Des changements aussi en Outre-Mer

La liste FNSEA-JA reprend La Réunion à la Confédération paysanne. En revanche, la FNSEA perd la Guadeloupe au profit d’une alliance Modef-JA. La Confédération paysanne gagne Mayotte. En Martinique, c’est la liste du président sortant, Louis-Daniel Berthome, qui l’emporte devant la liste FNSEA. Pas de changement en Guyane qui reste dans le giron des majoritaires.

Des JA turbulents

La stratégie des JA n’a pas été unitaire partout. Outre le cas de la Guadeloupe cité plus haut, c’est une liste exclusivement JA qui l’emporte en Haute-Garonne. En Moselle, les élections sont gagnées par une liste a-syndicale, mais soutenue par des JA.

Belle progression de la CFTC chez les salariés

Au lendemain du scrutin, la CFTC ne cache pas sa satisfaction. Certes, elle arrive en troisième position dans le collège des salariés avec 23,3% des voix, mais elle talonne la CFDT, deuxième (23,91%), la CGT restant le premier syndicat chez les salariés de l’agriculture (26,97%). La CFE-CGC (13,55 %), FO (10,80 %) sont derrière, ainsi que l’Unsa et les autres syndicats qui obtiennent 3,28 %. La CFTC-Agri confirme ainsi sa progression entamée en 2013 où elle était passée de 3,44 % à 13,07 %, soit + 10 points à chaque élection. Elle arrive en tête dans 31 départements et en Ile-de-France, et 2ème dans 19 départements obtenant ainsi 85 élus. Ce qui fait de la CFTC, le premier syndicat en nombre d’élus. Mais ces résultats sont à fortement relativiser : dans le collège salarié, la participation ne serait que de 9 % !

Abstention, piège à c.. ?

L’apparente stabilité de ce vote des agriculteurs cache toutefois une forte progression de l’abstention. La participation est passée de 66 % en 2007, à 55 % en 2013, pour atteindre 46 % en 2019. – 20 % en 12 ans, c’est une reculade dont il faut tenter de comprendre les raisons pour essayer d’enrayer ce rejet des urnes. Car sinon, la prochaine fois, les agriculteurs se retrouveront tout juste au niveau supérieur des autres élections professionnelles. La difficulté quand on veut expliquer l’abstention, c’est que cela revient à faire parler des gens qui n’ont rien dit. Ce qui ne signifie pas qu’ils n’ont rien à dire. Commençons par quelques quasi certitudes. L’abstention a touché tout le champ syndical, puisque le résultat est le même qu’il y a six ans. Si, comme on le lit ici ou là, c’est une remise en cause du système, alors c’est de la totalité dudit système, syndicats majoritaires et minoritaires confondus. Ensuite, et même s’il ne faut pas l’exagérer, il y a une raison technique à cette abstention. Le matériel électoral n’est pas toujours arrivé à l’heure, et le vote par correspondance ou par internet n’est pas forcément une bonne chose pour des agriculteurs trop souvent isolés. Aller voter avec les copains et les voisins au chef lieu de canton et prendre un canon, voire se faire une bonne bouffe après, cela peut motiver. Et c’est plus enthousiasmant que d’être tout seul devant son ordinateur, ce qu’un agriculteur fait déjà trop souvent. On peut ensuite évoquer une réforme nécessaire des chambres d’agriculture. Mais laquelle ? Enfin, et surtout, on peut penser qu’une majorité d’agriculteurs a le moral à zéro. Et qu’au lieu du ‘dégagisme’, ils se sont réfugiés dans ‘l’aquoibonisme’ ! OM