jeudi 18 juillet 2019

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La ferme de mes grands-parents

« Il faut simplement revenir à […] ce que faisaient nos grands-parents » a déclaré le ministre de l’Agriculture, Didier Guillaume, le 26 avril dans la Drôme. Séquence souvenirs.

Didier Guillaume a quelques années de plus que moi. On peut raisonnablement penser que la ferme de mes grands-parents correspond à peu près au modèle que nous propose le ministre de l’Agriculture. Mon grand-père et ma grand-mère étaient fermiers sur une trentaine d’hectares dans l’ouest de l’Aveyron de 1920 à 1955 environ. Ils produisaient essentiellement du lait. Pour exploiter ce domaine, il y avait 1 à 2 ouvriers. Toute la traction était animale, avec bœufs ou chevaux. Le tracteur est arrivé sur la ferme du temps de mes parents, à la fin des années 50. L’essentiel du lait était vendu en direct à la petite ville voisine par ma grand-mère qui faisait la ‘tournée’ avec une voiture à cheval : du circuit court et de proximité, génial ! Certains venaient chercher le lait à la ferme. Bien entendu, cette activité était conduite dans des conditions d’hygiène irréprochable (pour l’époque). A l’étable, les vaches étaient à l’attache tout l’hiver (de fin octobre à mi-mars environ). Elles n’étaient pas malheureuses, mais si on revenait à une telle pratique, que diraient les intégristes du bien-être animal ? Le foin était stocké au-dessus, et tous les matins et tous les soirs, pendant les 5 mois d’hiver, il fallait ‘apâturer’ en le faisant passer par des trappes avec une fourche. Deux fois par jour également, il fallait sortir le fumier avec une fourche et une brouette. On semait à la main. On labourait avec une charrue et des bœufs. On coupait les foins à la faux. Pour les moissons, il fallait être nombreux. Il y avait aussi un peu de tabac. Ca rapportait bien, mais faire du tabac aujourd’hui ? Il y avait évidemment des poules, des canards, des oies, des pintades, des dindons, un paon au milieu de cette basse-cour, des lapins (en cages, horreur !). Et un beau jardin. Quelques cochons aussi. Le ‘saigneur’ venait 2 ou 3 fois l’an faire son office. Une fois par mois, mon grand-père faisait le pain. Il fallait beaucoup de bois pour faire chauffer le four. A la maison, pas de chauffage, seulement la cheminée. L’électricité est arrivée dans les années 30. Pas d’eau ‘de la ville’. Il y a une fontaine dans la cour, et mon grand-père avait fait installer une citerne au grenier, avec un mécanisme de pompage. Ce qui fait qu’il y avait quand même l’eau courante. Il fallait être ingénieux. Le système était performant, je l’ai connu. Il n’a été démonté qu’au milieu des années 70 quand l’eau ‘de la ville’ est enfin arrivée. Il n’y avait pas de sanitaires évidemment.
Ma maman est née dans cette ferme. Elle parle souvent de cette époque, de l’amour de ses parents, de son frère Marcel, du bonheur de la jeunesse, malgré la guerre et quelques frayeurs occasionnées par les visiteurs (non invités) venus de l’Est. Mais curieusement, quand elle parle de l’agriculture de cette époque, elle n’a aucune nostalgie. Elle fait partie de cette génération qui a vu arriver le progrès et ses bienfaits. Il faudra que je lui explique que, selon le ministre de l’Agriculture (elle est très respectueuse des institutions), elle se trompe !
OM