lundi 14 octobre 2019

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« La France ne sera grande et forte que si elle a une agriculture puissante et répartie sur l’ensemble du territoire », Jacques Chirac (1932-2019).

Il se passe quelque chose dans le pays depuis l’annonce du décès de Jacques Chirac. L’émotion nationale va bien au-delà du simple hommage à un Président défunt. Laissons aux analystes, politologues, journalistes politiques, experts en communication, qui se sont si souvent (toujours ?) trompés quant ils parlaient de Chirac, continuer de se tromper (ce qu’ils ne manqueront pas de faire) quand ils nous expliqueront les évènements de ces jours de deuil. Et consacrons-nous à l’agriculture, l’une des grandes affaires, des grandes passions, de Jacques Chirac. Dans ses mémoires, il témoigne de son lien fort avec l’agriculture et avec le monde rural. Un lien enraciné dans sa Corrèze familiale, mais qu’il a développé dans toutes les régions de métropole et d’Outre-Mer. « Très jeune, j’ai été émerveillé par la richesse et la beauté des campagnes françaises (.) La vue d’une terre bien entretenue, d’un bel animal dans une cour de ferme, fruit de la symbiose la plus parfaite entre l’œuvre de la nature et le travail de l’homme me captivait. J’y trouvait d’inépuisables leçons de vie » écrit-il dans le tome 1 de ses Mémoires (‘Chaque pas doit être un but’, Nil Editions). Il évoque, lorsqu’il devient ministre de l’Agriculture, la « concertation permanente » avec Michel Debatisse, président de la FNSEA et le « patron des éleveurs » Marcel Bruel « l’un et l’autre devenu des amis personnels ». « Chirac aimait les agriculteurs. Et les agriculteurs aimaient Chirac. Les agriculteurs se sentaient encouragés et fiers » écrit justement la FNSEA. « Il a toujours déployé l’énergie pour porter haut la voix des paysans, sachant claquer les portes à Bruxelles quand il le fallait, mais sachant surtout veiller à l’essentiel : la consolidation de l’axe franco-allemand avec l’accord Chirac/Schroeder sur le budget de la PAC qui fait référence aujourd’hui encore dans l’histoire de l’Europe » poursuit le syndicat majoritaire. Ce que l’ex chancelier Schroeder confirme : « A Bruxelles, Jacques Chirac était craint pour sa dure conduite des négociations, notamment s’agissant des intérêts des agriculteurs français » (Le Figaro, 27 septembre). Sur l’accord Chirac/Schroeder, la Pac est « grâce à nos efforts communs » dotée « d’un budget stable jusqu’en 2013, ce qui offre à nos agriculteurs des perspectives rassurantes pour l’avenir de nos exploitations » écrit pour sa part l’ancien Président dans le tome 2 de ses mémoires (‘Le temps présidentiel’, Nil Editions). « En pleine période de doute, cette disparition trouve un écho particulier » conclut la FNSEA. Là aussi, la fédération à raison. Le monde agricole doute plus que jamais. Le climat est détestable, les attaques permanentes. L’agriculteur est traité d’empoisonneur ou de bourreau, et personne (ou presque) ne réagit. Jeudi soir, Emmanuel Macron a rendu un hommage solennel et appuyé à son lointain prédécesseur. S’il veut être à la hauteur du ‘Grand Jacques’, le moment est venu pour lui de prendre conscience de ce qui se passe dans les campagnes, de réaliser que son image de ‘Président des villes’ n’est pas une caricature des Guignols, que les initiatives sur le loup, le glyphosate, les ZNT,… pèsent très lourds sur les épaules des paysans. Si les agriculteurs partagent l’émotion des Français (et peut-être un peu plus), c’est notamment parce-ce qu’ils sont persuadés que Jacques Chirac n’aurait pas laissé se propager ce déferlement anti-agricole. Rendre hommage c’est bien, agir c’est mieux. OM