dimanche 29 janvier 2023

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Biodynamie : « l’influence » de l’anthroposophie

La Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Mivuldes) a publié récemment son rapport annuel. Elle revient sur le sujet de l’anthroposophie « doctrine spirituelle et philosophique » développée dans les années 1920 par l’Autrichien Rudolf Steiner.

La mission estime que ce mouvement décline « son influence » dans plusieurs domaines, dont «  le domaine agricole avec la biodynamie ». « Perçu comme un simple courant de pensée ‘alternatif’, le groupe apparait ainsi sous des visages différents auprès d’un public qui n’en perçoit pas nécessairement les ramifications ésotériques. Ces dernières génèrent un profit* extrêmement important au mouvement et se recoupent toutes vers un pouvoir centralisé, symbolisé par le Goetheanum, un monolithe au sommet d’une montagne près de la commune de Dornach en Suisse. Le bâtiment abrite le siège de la Société anthroposophique universelle. « Si la Miviludes n’a pas à porter de jugement sur une croyance, elle doit toutefois être capable d’identifier une dérive sectaire lorsqu’un mouvement matérialise son idéologie au travers d’activités susceptibles de présenter un danger pour la population » précise le rapport, qui cette année n’enquête pas sur la biodynamie mais sur deux des ramifications (la médecine anthroposophique et les écoles Steiner-Waldorf) du mouvement anthroposophique qui pourraient entraîner de lourdes dérives auprès de populations vulnérables : les personnes malades et les mineurs. Selon plusieurs sources (dont actu-environnement.com), « près de 15 000 hectares de cultures sont certifiés en biodynamie en France. Les domaines viticoles composent 2/3 de cette surface ». C’est effectivement en viticulture que la biodynamie connaît le plus de succès. Ce qui explique la tribune publiée récemment dans Le Point.fr (10 novembre) du vigneron bourguignon Frédéric Mugnier. Il y rappelle que la biodynamie est une pratique agricole « ni paysanne ni ancestrale. » « Peu de vignerons sont bavards à propos de Rudolf Steiner. On les comprend, écrit-il. La production de Steiner est massive – des dizaines de milliers de pages – et très indigeste, voire confuse. En plus, elle sent le soufre. Ils n’ont aucune envie de s’y frotter et ils préfèrent souvent dire qu’ils n’ont pas besoin de Steiner pour faire de la biodynamie. Mais la pirouette n’est pas recevable pour deux raisons. La première est que la certification Demeter met en tête de son cahier des charges la référence à Steiner. C’est clair : ce qui se fait sans Steiner n’est pas de la biodynamie. La seconde est que, très pratiquement, les gestes de la biodynamie n’ont de sens que par référence à Steiner ». Dans son explication, Frédéric Mugnier se veut tranchant : « La biodynamie est une spiritualité, pas une agronomie. On ne peut pas s’intéresser à la biodynamie sans s’interroger sur Steiner et l’anthroposophie, ni la pratiquer sans les assumer ». Ainsi, faire de l’agriculture en biodynamie, c’est participer au mouvement antroposophique (et le financer*), un mouvement qui intéresse grandement l’autorité française en charge de la surveillance des phénomènes sectaires. Il convient de l’assumer. OM
* Demeter en France est membre de la Fédération Biodynamique Demeter International (FBDI), née en février 2020 de la fusion entre Demeter International (fédération des associations nationales de certification Demeter) et l’association biodynamique internationale. FBDI « soutient fièrement le Congrès Agricole Biodynamique annuel, organisé par la section agricole du Goetheanum » peut-on lire sur le site de Démeter.