Europe/bio : touche pas à mon cuivre ! | Lundi 12 octobre 2015

La Commission européenne souhaite faire évoluer la réglementation sur l’agriculture biologique. Elle propose notamment de durcir les règles d’utilisation des intrants. Mais le lobby bio veille !

Intéressant ce qui est en train de se passer, au sein de l’UE, au sujet de l’agriculture biologique. Essayons de résumer. En mars 2014, la Commission européenne a présenté un projet de révision de la législation communautaire concernant le bio. A l ‘époque Commissaire à l’Agriculture, Dacian Ciolos avait précisé sa démarche : « la Commission cherche à étendre l’agriculture biologique et à la rendre plus qualitative ». Au cœur du dispositif envisagé par Bruxelles, un durcissement des règles concernant l’utilisation d’intrants. En gros, les produits issus de l’agriculture biologique seraient soumis à des limites de teneurs en résidus équivalentes à celles existantes pour les produits pour bébés. Mais au Parlement européen, dont la Commission agricole doit rendre un avis ce mardi 13 octobre sur la proposition de la CE, on considère que la Commission européenne va trop loin. Rapporteur pour la ComAgri, le députe européen (Vert, Allemand) Martin Häusling déclare sans problème que « croire que biologique et sans pesticide sont synonymes est une erreur » (Euractiv du 8 octobre). Ce qui surprendrait bon nombre de consommateurs français, si ce n’est européens ! Pour autant « l’harmonisation des dispositions régissant la production biologique doit viser l’établissement de règles ambitieuses et strictes » estime la Commission dans son projet. Une initiative qui ne choque pas, et pour cause, les producteurs bio français. Ainsi, dans un communiqué daté de juin 2015, la FNAB regrettait « le manque d’ambition globale » du texte, dénonçant notamment la « baisse possible de la fréquence de contrôle pour les opérateurs ‘à faible risque’ ». Mais cette opinion n’est pas partagée par l’ensemble de la filière bio européenne. Ainsi, une organisation européenne, représentant une bonne partie du lobby bio, considère que les normes envisagées rendraient quasiment impossible la production bio en Europe. Elle a même déposé un recours contre la Commission demandant que Bruxelles « ne considère plus le cuivre comme une substance persistante et toxique » (selon l’association Alerte environnement, info reprise également par Forum Phyto). Le cuivre est en effet largement utilisé dans les vignes (surtout) et dans la culture de pommes de terre (un peu), pour lutter contre le mildiou. Et il est connu pour être persistant. « Mais pour le lobby du bio, peu importe votre santé…tant qu’on pulvérise des pesticides ‘bio’, même à haute dose ! »  conclut d’ailleurs Alerte Environnement. Tout cela doit donc faire l’objet d’âpres débats. Mais ce qui nous amuse, si vous me permettez l’expression, c’est que la filière bio va devoir, enfin, affronter la vérité en face : un produit bio n’est pas un produit non traité, c’est un produit traité différemment. Il était temps !

 

 

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