lundi 14 octobre 2019

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Chambord : pas de « Pacexit »

Les ministres de l’Agriculture de l’UE 27 (sans le Royaume-Uni) étaient invités à Chambord par Stéphane Le Foll pour un conseil agricole informel. Ils ont évoqué l’avenir de la Pac dans l’Europe post-Brexit.

20 ministres ont répondu à l’invitation, le Parlement européen était représenté par Eric Andrieu, vice-président (PS) de la commission agricole, le Copa avait missionné Xavier Beulin, et la Commission avait envoyé des auditeurs. Les ministres ont d’abord entendu les représentants de l’agriculture européenne et du PE. Xavier Beulin a en premier lieu évoqué la situation particulière de l’agriculture française touchée par une crise sans précédent. Evoquant les inondations du printemps, il a demandé que la France puisse utiliser le fonds de solidarité européen mis en place en 2002 après d’importantes inondations en Allemagne. Mais cette proposition a laissé Stéphane Le Foll plus que sceptique. Au nom du Copa, Xavier Beulin a rappelé que l’orientation vers le verdissement de l’agriculture européen et les contraintes administratives étaient « de plus en plus mal vécu par les agriculteurs et les administrations ». Une remarque qui a semble-t-il trouvé un bon écho chez les ministres français et allemand. Il a ensuite souhaité que le Brexit ne « remette pas en cause » le budget de la Pac. Enfin, Xavier Beulin a demandé que l’on réintroduise des dispositions de gestion de crise et de risque dans la Pac. « On voit bien que le tout marché ne marche pas » a-t-il ajouté en évoquant la piste de l’assurance : « il faut mettre en place quelque chose de plus interactif et inciter budgétairement » les agriculteurs à aller dans cette voie. « La Pac actuelle ne satisfait ni les agriculteurs, ni les organisations environnementales, ni les citoyens qui sont également contribuables » a pour sa par constaté Eric Andrieu. « Il est fondamental qu’elle soit irréprochable car une Pac qui a perdu sa crédibilité, ne peut que nuire au projet politique de l’UE » a-t-il ajouté. Le parlementaire a « mis en garde » les ministres « contre les tentations de renationalisation » de la Pac. Rejoignant Xavier Beulin, il a déclaré qu’il était « indispensable de réintroduire dans la PAC des outils de régulation des marchés agricoles ». « Nous ne pourrons pas faire l’économie d’un nouveau pacte entre la société et l’agriculture afin que la Pac redevienne une politique publique au service de tous » a conclu Eric Andrieu.

Vers un 3ème pilier de la Pac ?

« Il n’y aura pas de Pacexit » a déclaré Stéphane Le Foll en présentant les conclusions de ce conseil, reprenant la formule de son homologue luxembourgeois. « Nous sommes attachés à la Pac, elle est partie prenante du projet européen » a-t-il ajouté en précisant que les ministres présents souhaitent « préserver une Pac avec les moyens financiers à la hauteur de ses ambitions ». La sortie du Royaume-Uni fera en effet perdre 7 milliards d’euros au budget de la Politique agricole commune. Les ministres souhaitent par ailleurs « travailler à la simplification de la Pac » tout en lui gardant « sa cohérence et sa souplesse ». La Pac doit aussi se rapprocher d’autres politiques européennes comme celle de l’énergie. Enfin, concernant la gestion des risques et la mise en place d’outils de mutualisation (mot préféré à assurance), les ministres semblent réfléchir à la mise en place d’un « 3ème pilier » de la Pac. C’est Christian Schmidt, ministre allemand de l’Agriculture, et actuel président du G20 agricole, qui a pris la parole en dernier : « Ceux qui disent que après le Brexit, on va voir mourir l’idée européenne, on tord. Nous avons démontré le contraire aujourd’hui. Nous allons réinventer la Pac, la simplifier et travailler à avoir des moyens budgétaires et aussi d’autres moyens ». Les ministres européens de l’Agriculture se retrouveront à Bratislavia le 13 septembre.

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