Les producteurs de Légumes de France ont tenu leur congrès annuel en Guadeloupe. Plus de 150 participants venus de métropole, ont été rejoints par les producteurs locaux pour 5 jours (du 15 au 20 novembre) de congrès, de rendez-vous et de visites d’exploitations. Une première pour le syndicalisme agricole français.

La Guadeloupe c’est la France !

Mais cette première n’était pas du goût de tout le monde. Et dans certains bureaux parisiens, on ne manquait pas de critiquer plus ou moins ouvertement ce projet d’emmener les producteurs de légumes aux Antilles. Et de fait, il n’y avait aucun représentant du ministre de l’Agriculture (lui-même est intervenu par vidéo), ni de son cabinet, ni du ministère, aucun représentant de FranceAgriMer, aucun représentant de l’Odeadom, l’office agricole de l’Outremer. A contrario, Xavier Beulin, président, et Jérôme Despey, secrétaire général-adjoint de la FNSEA, étaient présents. Quant à la presse, nous étions 3 journalistes (il y en a en moyenne une petite dizaine pour un congrès de Légumes de France) plus la presse locale, pour sa part très présente. Aucun grand groupe de la presse agricole ou de la presse pro n’avait jugé bon d’envoyer un confrère. Cette attitude (commune à l’Administration et à la presse !), masque mal une forme de mépris pour nos départements d’Outre-mer. C’est navrant !

Entendu au Congrès

  • « On confond entre la présence et le risque » a déclaré Saïda Barna, directrice d’Aprifel a propos de la présence de résidus de pesticides dans les fruits et légumes. Quant au bio : « vouloir opposer un mode à un autre, c’est une erreur monumentale. On n’a pas la preuve que le bio soit meilleur ».
  • « Arrêtons le foutage de gueule, on n’a pas le droit de communiquer sur les bienfaits santé », Bruno Dupont, président d’Interfel.
  • « La valeur, c’est ce que le consommateur veut accorder à un produit. Notre difficulté est de réexpliquer au consommateur cette valeur », Philippe Bernard, directeur partenariat PME et monde agricole chez Carrefour.
  • « L’écart se creuse d’une année sur l’autre entre le prix payé au producteur et le prix consommateur. Il faut retravailler la contractualisation. Cela a été un échec dans les fruits et légumes, mais il faut la retravailler. Si l’on veut que les contrats soient rééquilibrés, il faut que l’on soit organisés en amont », Annick Jentzer, chef de service économie des filières à la FNSEA.
  • « Il n’y a pas que la grande distribution. Nous travaillons avec des grossistes et des détaillants qui savent mettre en avant la qualité », Joël Boyer, maison Philibon.

Compte pénibilité : pas pour les producteurs de légumes

« Les définitions de la pénibilité selon le Gouvernement sont aussi farfelues qu’incompréhensibles pour le commun des employeurs » a déclaré Jacques Rouchaussé. Les équipes de Légumes de France (LDF) ont visité plusieurs entreprises « et la conclusion est claire (.) le travail dans nos entreprises n’entre )as dans le champ de la pénibilité, tel que fixé par le Gouvernement ». Pour LDF, la consigne est simple : « ne choisissez pas vous-même de renchérir inutilement le coût de l’emploi salarié dans votre entreprise ! Ne déclarez pas de facteurs de pénibilité dans votre entreprise ». « Le compte pénibilité, je n’en veux pas » a conclu Jacques Rouchaussé. Sur ce sujet, LDF joue la carte de la future alternance et d’une remise en cause, si ce n’est du principe, du moins du mécanisme, du compte pénibilité par la future majorité. Une position qui semble être partagée par la FNSEA.

La présidentielle dans toutes les têtes

Organisé à la veille de la primaire de la droite et du centre, ce congrès a été marqué par de nombreux échanges, publics ou privés, sur la future élection présidentielle. Les producteurs misent clairement sur l’alternance (on vient de le voir avec le compte pénibilité – lire plus-haut). Jacques Rouchaussé a annoncé la rédaction d’un Livre blanc pour la présidentielle. « On ira voir les candidats un par un » a-t-il précisé. Pour sa part, Xavier Beulin a indiqué que la FNSEA préparait « une douzaine de propositions » pour les candidats à l’élection présidentielle. « Il faudra qu’ils les lisent avant de venir au salon de l’agriculture, sinon ils seront refoulés ». Quant à la primaire, les congressistes ont pu voir les résultats dimanche soir à l’aéroport de Pointe-à-Pitre, juste avant de prendre l’avion du retour. De quoi alimenter les conversations…

Beulin préfère toujours Valls à Le Foll

Les relations ne s’améliorent pas entre le syndicalisme agricole majoritaire et le ministre de l’Agriculture. « J’avais dit à Perpignan (congrès LDF 2015) que je préférais avoir mon président de la FNSEA que le ministre de l’Agriculture, je l’assume » a déclaré Jacques Rouchaussé en accueillant Xavier Beulin et Jérôme Despey à Ste Anne pour la soirée du 70ème anniversaire du syndicalisme agricole. Son discours de clôture de la séance plénière était émaillé de petits coups de griffes à l’encontre de Stéphane Le Foll : « Pour être efficace à Bruxelles, encore faudrait-il que notre ministre y soit présent » ; concernant l’embargo russe « Paris n’a rien fait » ; « à Bruxelles, comme à Paris, la voix du ministre de l’Agriculture semble bien peu audible derrière les cris de la ministre de l’Environnement ». Quant à Xavier Beulin, cela fait longtemps qu’il ne cache pas sa préférence pour Manuel Valls. Il l’a encore redit à Ste Anne : « on a la chance d’avoir un Premier ministre qui fait le boulot. On aurait la même chose à Bercy et rue de Varenne, ce serait plus efficace ».

 

 

 

 

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