samedi 7 décembre 2019

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Agriculture fiction

Marianne Streel, présidente de la Fédération Wallonne de l’Agriculture (FWA), et Anne Pétré, directrice des relations publiques de la FWA ont publié dans La Libre Belgique (25 octobre*) une tribune fiction. Le point de départ : nous sommes en 2029, et l’agriculture a disparu de Wallonie. Extraits.

«  2029, La dernière exploitation agricole wallonne a fermé ses portes (.) Les paysages ont déjà beaucoup changé, depuis 4 ou 5 ans. Les terrains vagues sont de plus en plus nombreux, et des routes sont coupées partout dans le pays, parce que plus personne ne s’occupe d’entretenir le paysage. L’approvisionnement alimentaire est devenu compliqué : les pénuries, et l’inflation sont un vrai problème, depuis que nous dépendons de pays étrangers pour nous nourrir. Les rayons des supermarchés sont presque vides. On sent monter l’agressivité dans la population. Surtout en ville… Il faut dire que la nourriture est devenue rare, et hors de prix.
A la campagne, les coqs ne réveillent plus les habitants, et plus aucun tracteur ne passe (.) Par contre, la nature a repris ses droits. Un peu trop… (.) Il n’y a plus de vaches dans les prés. Quelques-unes vivent encore dans la nature, à l’état sauvage, et plus grand monde n’ose les approcher. Les villageois qui voulaient prendre une vache ou un cochon à la maison pour leur subsistance n’ont pas eu l’autorisation de le faire. Les normes environnementales et de bien-être qui étaient appliquées aux agriculteurs, et les contrôles mis en place existent toujours, et ils sont trop lourds à gérer ». Les « néo- ruraux ont perdu beaucoup d’argent, la terre et les maisons ne valent plus rien dans les villages, depuis que tout a été laissé à l’abandon ». « Bref, les gens font comme ils peuvent pour se nourrir, mais ce qu’on peut encore trouver dans les magasins n’est pas vraiment fiable : personne ne peut réellement dire où cela a été produit, par qui…et surtout comment. Mais bon, quand la nourriture se fait rare, on devient moins regardant. Le Ministre de l’Agriculture est devenu Ministre des importations alimentaires. Il a bien du mal à trouver des solutions durables. Il finira sans doute au chômage. Comme les anciens agriculteurs, et tous ceux qui travaillaient dans le secteur de l’alimentation, les ouvriers et les employés de l’agro-alimentaire, les bouchers et les boulangers, les restaurateurs et les artisans de produits de bouche, les transporteurs de matières premières agricoles, les commerciaux, les contrôleurs, les conseillers des cellules de conseil et d’accompagnement qui encadraient les agriculteurs et les gens qui travaillaient dans les administrations agricoles » (.)
« Dans les autres pays d’Europe, c’est la catastrophe aussi… L’agriculture familiale, c’est fini. Partout. Il reste juste quelques fermes usines, dans certains pays, mais après les scandales alimentaires qu’elles ont provoqués, les gens s’en méfient ».
« Vous vous demandez ce que vous êtes en train de lire ? C’est un peu gros ? Cela ne vous semble pas crédible ? Oui, c’est vrai, nous avons peut-être un peu forcé le trait. Mais le moment est grave, et il est grand temps de se ressaisir et de chercher des solutions pour pérenniser notre modèle agricole familial » concluent les deux auteurs. Un texte à méditer.

* https://www.lalibre.be/debats/opinions/vers-une-wallonie-zero-agriculteur-5db2e60d9978e218e3750aec