samedi 7 décembre 2019

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Du rififi dans la ‘Bio sphère’

Un film satirique du Synadis Bio sème le trouble dans la filière. FCD, et Interfel, entre autres, sont furieux.

« Pour certains, le bio c’est juste une étiquette. Pour nous, c’est une éthique ». En balançant, le 13 novembre un petit film sur You Tube*, le Synadis Bio a décidé de frapper fort, très fort, trop fort (peut-être). Ce spot montre un ‘méchant’ distributeur reconnaissant avec un cynisme parfait qu’il fait du bio « pour faire de l’argent ». « A travers un film satirique sur la surexposition médiatique du bio, parfois sujette au ‘greenwashing’ » explique le Synadis Bio, ses adhérents « alertent sur le manque de cohérence qui entoure parfois son développement. Ils souhaitent ainsi rappeler de façon implicite l’importance de remettre le sens et les valeurs de la bio originelle au centre ».
Le Synadis Bio, c’est le syndicat des magasins spécialisés en produits bio, qu’ils soient indépendants ou en réseau. Il siège au Grand conseil d’orientation de l’Agence bio. Le film a d’ailleurs était mis en ligne à la veille des Assises de l’Agence où intervenaient notamment, Michel-Edouard Leclerc, Pierrick De Ronne, président de Biocoop, et Benoit Soury, directeur du marché Bio Carrefour, qui représentait la FCD. Inutile de dire que tout le monde avait vu ce petit film et que cela a tout de suite mis de l’ambiance. La FCD est, évidemment, furieuse. « Injurieux pour les agriculteurs et pour les consommateurs. Caricatural. Grotesque. Diffamant…Quand on veut parler d’éthique, on commence d’abord par respecter les autres » écrit Jacques Creyssel, président de la FCD sur son compte Twitter. Interfel est aussi très remonté, car la caricature repose, comme souvent, sur les fruits et légumes, et plus particulièrement les pommes. « ça ne nous empêche pas de faire pousser des pommes plein de pesticides » fait-on dire au ‘distributeur’. Pour Laurent Grandin, président d’Interfel, « Voici le bio plus bio que Bio ! Pour Synadis Bio, il y aurait de bonnes et de mauvaises pratiques de production agricole et de distribution. Pour moi, il y a l’exigence de la qualité, les démarches vertueuses et l’unité d’une profession » (Twett du 15 novembre). L’Interprofession des fruits et légumes frais a également publié un communiqué dans lequel elle dénonce « une communication dénigrante et dogmatique » « contre-productive et diffamatoire ». Selon plusieurs sources professionnelles, Interfel se réserve la possibilité d’aller en justice. Par ailleurs, de nombreuses filières mettent la pression sur l’Agence Bio et sur le ministre de l’Agriculture.
2-3 petites choses encore :

  • parmi les adhérents du Synadis Bio, Biocoop écrit, toujours sur Twitter : « Pour les magasins spécialisés bio, la Bio c’est avant tout une éthique ». Nous ne résistons pas au plaisir de rappeler l’article du Canard Enchaîné (10 juillet 2019) sur Biocoop où le volatile détaille notamment les marges (pas très ‘éthique’) du réseau ;
  • des enseignes du Synadis Bio ont parmi leurs actionnaires des chaînes de la grande distribution. Ainsi, Monoprix** (groupe Casino) a racheté Naturalia en 2008. Intermarché** a pris une participation minoritaire au capital des Comptoirs de la bio.
  • en 2017, le Synadis Bio avait co-signé le communiqué faisant suite au référé contre la communication de la banane antillaise « La banane française, mieux que bio c’est possible ! » lancée par l’UGPBAN. Mais c’était en 2017. O Tempora O Mores.
  • dernière info : le compte Twitter du Synadis Bio a été suspendu, et l’est encore ce lundi matin…

OM

* le film est également diffusé dans les salles de cinéma

** source Insee